Le CEP : le coefficient qui décide de votre DPE
Ruben ARNOLD6 min de lecture
Si votre logement est chauffé à l’électricité, plus de la moitié de la note affichée sur votre DPE ne vient ni de vos murs, ni de vos fenêtres, ni de votre chaudière. Elle vient d’un seul chiffre fixé par l’État : le CEP, le coefficient d’énergie primaire. Un paramètre technique obscur, mais qui pèse lourd sur votre étiquette. On vous explique ce qu’il mesure, comment il se calcule et pourquoi il a autant bougé ces dernières années.
Le CEP, c’est quoi au juste ?
Le CEP (coefficient d’énergie primaire) traduit ce qu’on consomme à la maison, l’énergie finale du compteur, en ce qu’il a fallu prélever à la source, l’énergie primaire.
Quand vous consommez 1 kWh d’électricité à la prise, il a fallu en produire davantage en amont : la centrale, le transport, la distribution génèrent tous des pertes. Le CEP chiffre ces pertes.
Le point clé : le DPE classe les logements de A à G d’après leur consommation en énergie primaire, pas d’après la facture. Or les énergies n’ont pas le même coefficient :
- Électricité : CEP = 1,9 (contre 2,3 auparavant)
- Gaz, fioul, bois, réseau de chaleur : CEP = 1,0 (pas de pertes amont comptabilisées)
Résultat : pour un logement chauffé à l’électricité, le CEP représente plus de la moitié du chiffre affiché sur le DPE. Un DPE mobilise environ 350 paramètres techniques, 60 variables d’entrée et 6 seuils A à G. Mais pour les logements électriques, toute la mécanique pivote autour de ce seul coefficient. Pour comprendre comment tous ces paramètres se combinent dans l’étiquette finale, voir le DPE expliqué : définition, calcul et fiabilité.
De la source au compteur : comment se calcule le CEP
Avant le débat politique, le débat physique. Quand 1 kWh d’électricité arrive à votre prise, le système électrique a prélevé en amont environ 2,55 kWh d’énergie primaire. La différence, ce sont les pertes de la chaîne :
- 58 % de pertes thermiques (production dans les centrales),
- 3 % sur les lignes de transport (RTE),
- 4 % sur la distribution (Enedis).
Le CEP, c’est simplement le rapport entre les deux :
CEP = kWh prélevés à la source ÷ kWh livrés au compteur. Plus la chaîne perd d’énergie, plus le CEP est élevé.

Avec le mix électrique français de 2024, le calcul physique strict (norme ISO 52000) donne un CEP de l’ordre de 2,55. Le coefficient réglementaire retenu au 1ᵉʳ janvier 2026 est, lui, de 1,9. L’écart n’est pas une erreur : il résulte de choix méthodologiques permis par la directive européenne EED 2018/2002. Ces choix sont défendables, mais ce sont des choix, pas une fatalité physique.
45 ans sans bouger, puis trois changements en cinq ans
Le plus frappant tient dans les dates. Le coefficient appliqué à l’électricité est resté stable à 2,58 de 1976 à 2021, près de quarante-cinq ans sans y toucher. Puis, en quelques années :
- 2021 : passage à 2,3 (réforme de la méthode de calcul du DPE) ;
- arrêté du 13 août 2025 : passage à 1,9 (applicable au 1ᵉʳ janvier 2026) ;
- projet d’arrêté (annoncé fin avril 2026) : passage envisagé à 1,7.
Or, baisser le CEP améliore mécaniquement la note en énergie primaire de millions de logements électriques, sans qu’un seul mètre carré ne soit isolé. C’est ce que montre l’histogramme ci-dessus : la distribution des DPE se décale vers la gauche, donc vers de meilleures étiquettes.
Où en est le passage à 1,7 ? (mise à jour juillet 2026)
Depuis l’annonce de fin avril 2026, le projet s’est précisé. Le passage du CEP de l’électricité à 1,7 fait désormais l’objet d’un projet d’arrêté soumis à consultation publique, inscrit dans le « plan national d’électrification des usages », avec une entrée en vigueur visée au 1ᵉʳ janvier 2027.
Un plafond limite toutefois l’exercice : 1,7 est le plancher fixé par la réglementation européenne. Descendre en dessous supposerait de faire évoluer le droit de l’Union. Autrement dit, en visant 1,7, la France irait au bout de la marge que lui laisse aujourd’hui l’Europe, après avoir laissé ce même coefficient immobile pendant quarante-cinq ans.
Ce mouvement de fond touche particulièrement les logements les plus énergivores, dont beaucoup sont classés F ou G : voir passoires thermiques : interdiction de location et audit.
Que faire concrètement ?
Le CEP n’est pas une abstraction : il conditionne votre étiquette, donc votre capacité à vendre, à louer et le montant de vos factures. Trois réflexes utiles :
- Repérez votre mode de chauffage. Si vous êtes à l’électricité, votre DPE est très sensible au CEP : une même consommation réelle donne une note différente selon l’année du diagnostic.
- Vérifiez la cohérence de votre DPE. Une étiquette qui bouge sans travaux, c’est le coefficient qui a changé, pas votre logement.
- Faites analyser votre DPE. KRNO analyse votre DPE et vous dit ce qui pèse réellement sur votre étiquette et quelles actions la font vraiment progresser. Le Rapport KRNO est gratuit.
Questions fréquentes
C’est quoi le CEP sur un DPE ? Le coefficient d’énergie primaire convertit l’énergie consommée au compteur en énergie prélevée à la source. C’est lui qui traduit vos kWh d’électricité en « énergie primaire », l’unité sur laquelle le DPE classe les logements de A à G.
Pourquoi le CEP de l’électricité est-il passé de 2,3 à 1,9 ? Par l’arrêté du 13 août 2025, applicable au 1ᵉʳ janvier 2026. Le nouveau projet vise 1,7 au 1ᵉʳ janvier 2027. Ces valeurs relèvent de choix méthodologiques encadrés par la directive européenne EED 2018/2002, qui fixe aujourd’hui un plancher à 1,7.
Le CEP change-t-il ma facture d’électricité ? Non. Il ne modifie que la note affichée sur le DPE, pas votre consommation réelle ni le montant de votre facture.
Un logement chauffé au gaz est-il concerné ? Quasiment pas : le CEP du gaz, du fioul, du bois et des réseaux de chaleur est de 1,0. Ces baisses successives ne bénéficient qu’aux logements électriques.
Sources
- Ministère de la Transition écologique : Évolution du calcul du DPE au 1ᵉʳ janvier 2026
- Batiactu : Baisse du coefficient d’énergie primaire de l’électricité, projet d’arrêté en consultation (16 juillet 2026)
- Arrêté du 13 août 2025 relatif au coefficient d’énergie primaire de l’électricité, Légifrance (applicable au 1ᵉʳ janvier 2026)
- Directive européenne EED 2018/2002 (efficacité énergétique), qui fixe un plancher de CEP à 1,7
- ADEME : méthode de calcul 3CL du DPE
- Panel KRNO (13,4 M de DPE analysés)