DPE en Europe : la France et son coefficient politique
Ruben ARNOLD4 min de lecture
On entend souvent que le DPE français serait « gonflé » par rapport à celui de nos voisins. La réalité est plus subtile. Le coefficient d’énergie primaire, qui pèse lourd dans la note d’un logement électrique, existe dans toute l’Europe. Mais chaque pays le fixe à sa main. La France n’est ni celle qui le révise le plus souvent, ni celle qui l’a le plus baissé. Elle est en revanche celle qui en fait l’usage le plus ouvertement politique. On compare.
Le coefficient existe partout, mais chacun le règle différemment
Tous les pays qui ont transposé la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD) utilisent un coefficient d’énergie primaire pour l’électricité. Sa valeur et sa fréquence de révision varient fortement d’un pays à l’autre, parce que chacun l’ajuste selon son propre mix de production. Pour comprendre ce qu’est ce coefficient et pourquoi il pèse plus de la moitié de la note d’un logement électrique, voir le CEP, le coefficient qui décide de votre DPE.
France : 45 ans figé, puis trois baisses en cinq ans
La particularité française tient à son rythme. Le coefficient est resté stable à 2,58 de 1976 à 2021, gelé pendant que le mix électrique se décarbonait. Puis trois réformes en cinq ans l’ont fait passer à 2,3 (2021), 1,9 (au 1ᵉʳ janvier 2026), avec un projet à 1,7.
Autre singularité, unique en Europe : depuis 2026, la France applique un coefficient différent selon l’usage, 1,9 pour le DPE contre 2,3 pour la réglementation de la construction neuve (RE2020). La communication officielle l’assume : l’objectif est de « favoriser l’électrification du chauffage ». Pour resituer ces valeurs dans le calcul global du DPE, voir le DPE expliqué : définition, calcul et fiabilité.
Royaume-Uni, Allemagne : baisser, mais en suivant le mix réel
Nos voisins baissent aussi leur coefficient, parfois davantage, mais pas de la même manière.
- Royaume-Uni : lors du passage de la méthode SAP 2012 à SAP 10 (2022), le coefficient est passé de 3,07 à 1,738, soit une baisse de 43 % en une seule révision. Fait notable, il avait été relevé auparavant (de 2,8 à 3,07) : l’ajustement joue dans les deux sens, en suivant la réalité du réseau.
- Allemagne : quatre révisions en quatorze ans (2002, 2007, 2014, 2016) ont fait passer le coefficient de 3,0 à 1,8, soit environ 40 % de baisse. Un recalibrage continu, calé sur le mix réel, sans logique de levier ponctuel.

L’étude compare huit pays plus la moyenne européenne (France, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Italie, Espagne, Pays-Bas). La tendance générale est à la baisse partout, portée par la décarbonation de l’électricité. La différence tient à la méthode.
Trois façons de désigner le « champion »
Selon le critère retenu, le champion n’est pas le même :
| Critère | Pays | Repère chiffré |
|---|---|---|
| Révise le plus souvent | Allemagne | 4 révisions en 14 ans (3,0 → 1,8) |
| A le plus baissé d’un coup | Royaume-Uni | 3,07 → 1,738 (−43 % en une révision) |
| Usage le plus politiquement assumé | France | figée 45 ans, puis 3 baisses en 5 ans |
Autrement dit, la France ne se distingue pas par l’ampleur de la baisse, mais par le fait d’avoir gardé un coefficient immobile pendant des décennies puis de l’avoir actionné rapidement, coup sur coup, à un moment précis.
Que faire concrètement ?
Retenez surtout ceci : la classe de votre DPE dépend en partie d’un choix national, pas seulement de l’état de votre logement. Deux réflexes utiles :
- Ne lisez pas votre étiquette comme une donnée figée. Elle peut bouger selon l’année du diagnostic et le coefficient en vigueur, sans que rien n’ait changé chez vous.
- Faites analyser votre DPE. KRNO analyse votre diagnostic et vous dit ce qui, dans votre note, relève de votre logement et ce qui relève du coefficient réglementaire. Le Rapport KRNO est gratuit.
Questions fréquentes
Le DPE français est-il « gonflé » par rapport à l’Europe ? Pas dans l’absolu : plusieurs pays ont un coefficient plus bas que la France. La singularité française est d’appliquer un coefficient différent selon l’usage (1,9 pour le DPE, 2,3 pour la construction neuve) et de l’avoir baissé très vite après des décennies d’immobilité.
Pourquoi l’électricité a-t-elle un coefficient à part ? Parce qu’un kilowattheure livré au compteur a nécessité davantage d’énergie à la source. Le coefficient traduit ces pertes. Sa valeur exacte relève ensuite de choix méthodologiques encadrés par la directive européenne.
Le coefficient va-t-il encore baisser ? Un projet vise 1,7 au 1ᵉʳ janvier 2027, qui est le plancher fixé par la réglementation européenne actuelle. Aller en dessous supposerait de faire évoluer le droit de l’Union.
Sources
- Directive européenne EPBD 2024/1275 (performance énergétique des bâtiments)
- Méthodologie SAP (Standard Assessment Procedure), Royaume-Uni, versions SAP 2012 et SAP 10 (2022)
- RE2020 et arrêtés français relatifs au coefficient d’énergie primaire de l’électricité
- Étude KRNO sur le coefficient d’énergie primaire (panel de 13,4 M de DPE)