Réforme du CEP : un coup de frein sur la rénovation
Ruben ARNOLD4 min de lecture
Quand un logement classé F ou G repasse en E parce que l'État a abaissé le coefficient d'énergie primaire, il ne change pas seulement d'étiquette. Il sort aussi de la liste des logements à rénover. Répété sur des centaines de milliers de biens, ce mouvement retire au marché de la rénovation une part considérable de ses chantiers à venir. Voilà l'effet le moins visible, mais l'un des plus lourds, de la réforme du coefficient.
210 milliards d'euros de travaux, dont une partie s'efface
Rénover l'ensemble des passoires thermiques françaises représente un chantier estimé autour de 210 milliards d'euros (sur une base d'environ 50 000 euros par logement). C'est le volume de travaux que la trajectoire de rénovation supposait de déclencher.
Or chaque baisse du coefficient reclasse des logements hors du statut F ou G, donc hors de l'obligation de rénover. Le cumul des trois réformes (jusqu'à un coefficient de 1,7) retire environ 77 milliards d'euros de ce pipeline. Dans un scénario théorique où le coefficient descendrait à 1,0, ce serait jusqu'à 114 milliards d'euros de chantiers qui ne se feraient pas. Pour comprendre le mécanisme de reclassement lui-même, voir le CEP, le coefficient qui décide de votre DPE.
| Niveau du coefficient | Chantiers retirés du marché | Équivalent en années de marché |
|---|---|---|
| Réformes déjà actées (jusqu'à 1,7) | ~77 Md€ | plus de 3 ans |
| Palier envisagé (SNBC, 1,5) | ~91 Md€ | environ 4 ans |
| Scénario théorique (1,0) | ~114 Md€ | près de 5 ans |
Un marché privé de ses commandes
Le marché français de la rénovation énergétique pèse environ 23 milliards d'euros par an (source : SDES, Anah et MaPrimeRénov', moyenne 2022-2024). Les 77 milliards d'euros retirés représentent donc plus de trois années entières de ce marché.

La difficulté, pour la filière, est que ces commandes disparaissent avant même d'avoir été passées. Un bailleur dont le logement n'est plus classé passoire suspend son projet de travaux. Un propriétaire qui attendait l'échéance d'interdiction de location patiente désormais. Les entreprises de rénovation, les artisans et les fournisseurs de matériaux voient un carnet de commandes potentiel se dégonfler, sans qu'aucune décision d'entreprise n'en soit la cause.
L'inverse de la logique d'aide publique
Depuis des années, la politique de rénovation repose sur une idée simple : subventionner l'effort (MaPrimeRénov', aides de l'Anah, certificats d'économie d'énergie) pour déclencher des travaux. Abaisser le coefficient fait l'inverse : cela rabote l'obligation au lieu de soutenir l'effort. Le logement sort des radars réglementaires, mais reste aussi énergivore qu'avant, et les aides mobilisées pour le rénover ne sont pas dépensées.
Que faire concrètement ?
Pour un propriétaire, le message est important : le fait que votre logement ne soit plus classé passoire ne veut pas dire qu'il consomme moins. Les travaux gardent tout leur intérêt, pour la facture comme pour la valeur du bien.
- Ne renoncez pas aux travaux sur la seule base de l'étiquette. Un logement reclassé peut rester très énergivore, et les aides existent toujours pour le rénover.
- Faites analyser votre DPE. KRNO analyse votre diagnostic et vous dit si votre classe reflète une vraie performance ou un simple effet de coefficient. Le Rapport KRNO est gratuit.
Pour anticiper les contraintes et les aides mobilisables, voir comment anticiper les contraintes DPE avec KRNO.
Questions fréquentes
La réforme du CEP fait-elle vraiment baisser les travaux de rénovation ? Elle retire des logements de l'obligation de rénover, donc une partie des travaux attendus. KRNO estime le volume concerné entre 77 et 114 milliards d'euros selon le niveau du coefficient.
Mon logement n'est plus une passoire, dois-je quand même rénover ? Sur le plan réglementaire, la pression baisse. Sur le plan de la facture et du confort, rien ne change : un logement mal isolé le reste, et les travaux restent rentables.
Les aides à la rénovation existent-elles toujours ? Oui. MaPrimeRénov', les aides de l'Anah et les certificats d'économie d'énergie restent mobilisables, indépendamment du reclassement de l'étiquette.
Sources
- SDES (Service des données et études statistiques), marché de la rénovation énergétique
- Anah et MaPrimeRénov', volumes d'aides à la rénovation (moyenne 2022-2024)
- Étude KRNO sur le coefficient d'énergie primaire (estimation du stock de chantiers)